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| Natacha Quester-Séméon on Wed, 29 May 2002 06:14:02 +0200 (CEST) |
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| [nettime-fr] Rétention des données: le parti libéral européen rejoint le rangdes opposants |
mardi 28 mai 2002, 21h00
Rétention des données: le parti libéral européen rejoint le rang des opposants
Le groupe parlementaire européen de centre-droit ELDR (parti européen
des libéraux, démocrates et réformateurs), emmené par le LDP
britannique, s'est rallié aux partis de la gauche radicale et des
Verts pour s'opposer au principe de la "rétention des données de
connexion". Réunissant au total 53 inscrits, le groupe ELDR rejoint
un bloc d'environ 120 députés, Verts, radicaux de gauche et
communistes, qui refusent d'avaliser un amendement devant être voté
séparemment le 30 mai à Bruxelles par le Parlement réuni en session
plénière. Les députés doivent approuver en seconde lecture la
directive sur la protection des données dans les communications
électroniques, un texte marathon qui se prépare depuis bientôt deux
ans.
«Nous ne donnons pas de consigne de vote au sein du groupe [ELDR],
mais j'espère que mes collègues libéraux vont s'opposer au principe
de la conservation des données», nous explique Sarah Ludford, députée
britannique (LDP) et porte-parole du groupe libéral européen sur ces
questions.
Mais le seuil des 314 députés, nécessaire pour faire pencher la
balance, ne sera sûrement pas atteint, puisque sur ce dossier
sensible, mêlant mesures sécuritaires et libertés fondamentales, les
groupes socialiste (PSE) et conservateur (PPE), majoritaires au sein
du parlement, sont main dans la main.
D'après nos sources auprès de parlementaires à Bruxelles, une demande
de "vote séparé" sur la phrase incluant le principe de "rétention des
données" (à l'initiative des partis de la gauche minoritaire) a été
acceptée lundi 27 mai. Il s'agit de laisser à chaque député la
possibilité de voter en conscience sur cet aspect de la directive.
Mais rien ne dit que cela permette de franchir le seuil de 314 voix
le 30 mai. La députée Ludford, au nom de son groupe, soutient cette
initiative de "split vote". Et espère que de nombreux députés PSE et
PPE se rangeront de leur côté en ignorant les consignes de leurs
états-majors.
Plus de 15000 citoyens opposés à l'amendement
Cet amendement légalise le principe de la «rétention des données [de
trafic ou de connexion] pour une période limitée». Ce sont les traces
que l'on laisse sur tout système de communication électronique (voix
ou données). L'information qui sera ainsi collectée (c'est déjà
bientôt légal en France pour une durée d'un an) comporte des traces
très intimes (qui parle à qui, qui visite tel site, quels fichiers
sont téléchargés, etc.) qui seront donc conservées par des tiers
avant toute constatation d'infraction.
«Nous comprenons que les traces de connexion puissent être utile aux
forces de l'ordre, mais énormément de mesures doivent être examinées
calmement, par les parlements nationaux, de manière à initier un vrai
débat sur ces questions» reprend la députée Ludford. Selon elle, «la
rétention des données est une chose, l'accès à ces données en est une
autre», insistant sur les garde-nécessaires qu'il faudra mettre en
place avant d'accepter une telle mesure de «surveillance
généralisée», selon ses propres termes.
«En moins d'une semaine, plus de 40 organisations non
gouvernementales et plus de 15000 citoyens de l'Union européenne se
sont mobilisés pour dire non au projet de conservation systématique
des données (...) à des fins de surveillance généralisée et
exploratoire des citoyens», affirme le 28 mai l'association française
Iris, membre de la coalition Global Internet Liberty Campaign (GILC),
à l'origine d'une pétition qui circule depuis six jours. C'est une
lettre ouverte adressée au président du Parlement européen, Patrick
Cox (membre du LDP), pour sensibiliser l'opinion avant le jeudi 30
mai.
L'amendement qui a causé tant de réactions émane du Conseil de l'UE,
instance commune aux quinze gouvernements, qui a pu s'assurer du
soutien des deux plus gros groupes politiques du Parlement
(socialistes du PSE et conservateurs du PPE). Ces deux groupes se
sont entendus avec le Conseil sur la rédaction de l'article 15.1,
comme nous l'ont confirmé les députées Ana Palacio Vallelersundi
(PPE) et Helena Paccioti (PSE), le 24 mai (lire notre actualité).
Or, cette rédaction va à l'encontre de la première volonté du
Parlement, qui avait penché le 13 novembre 2001, en première lecture,
du côté du député radical italien Marco Cappato, rapporteur de la
directive au nom de la Commission des Libertés et des droits du
citoyen, de la justice et des affaires intérieures. Pour affirmer au
contraire que ce type de «surveillance exploratoire», sur l'ensembnle
de la population sans requête judiciaire précise, devait être
«interdite».
Les débats autour de cette directive débutent à Bruxelles mercredi 29
mai, l'issue du vote est attendue le lendemain, en fin de journée.
Mario Cappato a envoyé le 28 mai au soir, à ses 624 collègues du
Parlement, une lettre très claire leur demandant de prendre leurs
responsabilités: «Même en tant qu'outil de lutte antiterroriste, des
enquêtes au cas par cas traités par de l'intelligence humaine sont
unanimement reconnues comme plus éfficaces qu'une rétention
généralisée des données», avance le député italien. «En dépit de la
pression exercée par les États-Unis [sur ce dossier], aucune loi de
ce type n'esiste aux États-Unis.»
Pour en savoir plus :
Rétention des données: dernières manoeuvres au Parlement européen
Jerome Thorel, ZDNet France
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