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| <nettime-ann> La Biennale de Paris, là-bas, nulle part, ici. Par Elisabeth Lebovici |
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La Biennale de Paris, là-bas, nulle part, ici
Par Elisabeth Lebovici
Le 26 mars 2007
La Biennale de Paris, 2006-2008. Une exposition biennale, qui
dure vraiment deux ans. Lorsqu'elle fut créée, en 1959, sous
l'égide du vieux Malraux, elle s'appelait "biennale des jeunes"
(avec une limite d?âge, 35 ans) et connut ses heures de gloire
dans l'après 1968. En 1969, les travaux d'équipe et ?uvres
collectives y furent, systématiquement, montrés. En 1971, au
parc floral de Vincennes, il y avait une section consacrée aux
envois postaux, une à l'art conceptuel.
En 1975, LBV a connu, de très près, la Biennale de Paris, aux
deux musées du Palais de Tokyo. Elle se souvient de
l'accrochage dû à Jean-Christophe Ammann et surtout, des
artistes qui s'y trouvaient invités : Rebecca Horn et sa
performance toute en ailes, Marina Abramovic, Ulrike
Rosenbach. Les cartes postales suisses de John Armleder, les
coussins fourrés en forme de coeur de Pierre Keller, les images
masculines de Walter Pfeiffer, les milliers de photos d'Emil
Forman (RIP) en forme d'autoportrait à sujet unique et exclusif :
sa mère. Dans une salle, étaient réunis Urs Luthi, Luciano
Castelli et le groupe COUM, composé de Genesis P-Orridge et de
Cosei Fanni Tutti, déjà des icônes en infâmie, avant leur show
Prostitution à l'ICA de Londres et la carrière musicale de
Throbbing Gristle. Et il y avait, bien sûr, la Conical Intersection de
Gordon Matta-Clark, que la Biennale avait organisée: une percée
architecturée dans le vif d'un immeuble rue Beaubourg, à la fois
en face du Centre Pompidou en construction et de l'appartement
de Ghislain Mollet-Vieville : une pièce renversante que LBV a
vue dans tous ses états, en compagnie des frères Petitjean,
lesquels filmèrent en vidéo toute cette histoire.
Dix ans après, en 1985, la Biennale de Paris n'a plus été "des
jeunes", alors qu?elle prenait forme dans le spectaculaire, à la
Grande Halle de la Villette. C'est devenu le lot quotidien des
Biennales. Quotidien, puisqu'il parait qu'il existe aujourd'hui 300
biennales par an, ce qui nécessite beaucoup plus de 365 jours
de l'année pour les visiter.
Celle de Paris, en tout cas, a été en vacance (un trou financier ?
des projets sans lendemains ?) jusqu'à ce qu'un artiste avisé la
mette réellement en vacances, en la distrayant aux institutions
qui la retenaient sous leur tutelle, gardant le nom, sans rien en
faire. Depuis 2000, la Biennale de Paris est désormais une
association, voilà de quoi se réjouir.
On imagine assez bien les cris d?orfraie poussés à la Délégation
aux Arts Plastiques comme à la ville de Paris, où les idées
brillantes fusent et explosent en « Force de l?Art » ou en «
Monumenta », deux intitulés pas piqués des ver(t)s qu?on n?a pas
vraiment besoin de faire passer par chez le psychanalyste, sans
parler de l?événementielle Nuit Blanche, concoctée par la Mairie
de Paris, au consumérisme digne des nocturnes de grands
magasins.
Ainsi, bon gré, mal gré, la Biennale de Paris n'appartenant à
personne, elle est redevenue un instrument d'actualité, qui se
veut « adapté aux projets des artistes » : sans « curators » et
sans objets d?art, mais avec des rendez-vous, des projets, des
questions ; sans lieu défini, mais « là où ça se passe quand ça
se passe », à Paris, en province, ailleurs et nulle part, Sans
argent, par ailleurs, ou très peu. Pour les joyeusetés d'usage, voir
le "Guide Legrand des buffets de vernissage", dans le catalogue
de la XVè Biennale, pp 0309-0323.
Paru à mi-parcours de la Biennale de Paris, le catalogue fait
1184 pages en papier-bible (édition Paris-Musées). Contrairement
à l?image foutraque à laquelle on aurait pu s?attendre, il est très
soigné, avec des textes introductifs de Steven Wright, Suely
Rolnik, François Deck? et les pièces des collectifs Au travail/at
work, Bureau d?Etudes, Glitch, IKHEA {AT} SERVICES, Journée
Libanaise du Taboulé, Microcollection, Pinxit LM, Ultralab et bien
plus?Puis une section d?annonces précède une part d?archives :
plusieurs pages issues de l?histoire de la Biennale de Paris, dont
le fonds est désormais déposé aux archives de la critique d?art.
Jean-Marc Poinsot, directeur des études en partance de l?institut
national d?histoire de l?art, a incité des étudiant/e/s à travailler
sur cette mémoire qui n'est pas indigne d?attentions-- ni plus, ni
moins que d?autres manifestations, qui, elles, déploient déjà le
drapeau bleu-blanc-rouge à leurs fenêtres.
De ce fait, la XVè Biennale de Paris s?inscrit délibérément dans
une histoire qui n?est pas née avec elle, dont elle ne revendique
ni l?invention, ni le renouvellement, mais dont elle mythifie, juste
assez, l?héritage de légèreté et de liberté de ton. Tant mieux, si
en soustrayant la Biennale à l?institution, Alexandre Gurita et ses
collaborateurs ont aussi retrouvé une légende.
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